Alphonse ALLAIS, A se tordre, 1891.

 

            Avec un instrument (de fabrication américaine) assez semblable à celui dont on se sert pour ouvrir les boîtes de conserve, le malfaiteur fit, dans la tôle de la devanture, deux incisions, l’une verticale, l’autre horizontale et partant du même point.

D’une main vigoureuse, il amena à lui le triangle de métal ainsi déterminé, le tordant aussi facilement qu’il eût fait d’une feuille de papier d’étain. (C’était un robuste malfaiteur.)

Il pénétra dans le petit vestibule rectangulaire qui précède la porte d’entrée.

Maintenant la glace avec une ventouse en caoutchouc (de fabrication américaine), il la coupa à l’aide d’un diamant du Cap.

Rien ne s’opposait plus à son entrée dans le magasin. Alors, tranquillement, méthodiquement, il entassa dans un sac ad hoc toutes les pierres précieuses et les parures qui réunissaient au mérite du petit volume l’avantage du grand prix. Il était presque à la fin de sa besogne, quand, au fond de la boutique, le patron, M. Josse, fit son apparition, une bougie d’une main, un revolver de l’autre.

Très poli, le malfaiteur salua et, avec affabilité :

- Je n’ai pas voulu, dit-il, passer si près de chez vous sans vous dire un petit bonjour.

Et tandis que, sans méfiance, l’orfèvre lui serrait la main, le malfaiteur lui enfonça dans le sein un fer homicide (de fabrication américaine).

Le sac ad hoc fut rapidement rempli.

Le malfaiteur allait rentrer dans la rue, quand une pensée lui vint. Alors, s’asseyant à la caisse, il traça sur une grande feuille de papier quelques mots en gros caractères.

A l’aide de pains à cacheter, il colla cet écriteau sur la devanture du magasin, et les passants matineux purent lire à l’aube :

Fermé pour cause de décès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Registre horreur:

 

Un homme de grande carrure, en soif de malfaisance, a trouvé sa cible, un orfèvre. S'approchant de la devanture du magasin, en pleine nuit, dans un blizzard glacial, il sortit son drôle d'instrument, entaillant, successivement, sous un bruit strident, la tôle et la vitre qui protègent la vitrine. Il s'introduit et commença le massacre. Il sortit son sac suspect dégoulinant encore de sang et le remplit de diamants. Tout à coup, le propriétaire, muni d'une arme, fit son apparition. Alors sous son air de psychopathe , le client fit les salutations à l'orfèvre en même temps qu'il l'empala avec une barre de fer, en pleine poitrine. Le malfaiteur finit ce qu'il avait à faire en laissant un mot qui l'innocentait :

 

Mehdi et Vincent

 

 

 

 

 

 

Lip(o)gramme

Avec un instrument assez semblable à celui qui sert à éventrer les emballages aluminium, le malfaiteur fit, dans la grille de la devanture, deux entailles, l'une verticale et l'autre perpendiculaire à celle-ci et partant du même axe.
D'une main déterminée, il amena à lui le triangle de métal, le pliant aussi facilement qu'il eût fait d'une feuille de papier d'étain.
Il pénétra dans le petit vestibule rectangulaire qui précède le hall d'entrée.
Maintenant la glace avec de la patte à fixe, il l'enleva à l'aide d'un diamant du Cap.
Plus rien ne le dérangeait à entrer dans le magasin. Puis tranquillement, il entassa dans un sac les différentes pierres précieuses et les parures qui réunissaient au mérite de peu de place, l'avantage du grand prix.
Il était presque à la fin du travail quand à l'arrière du magasin, le dirigeant, maître CHUCK fit une entrée fracassante, une chandelle d'une main, un uzi de l'autre.
Très habile, le malfaiteur salua et, avec affabilité:
-Cela me gênerait, dit-il,de passer si prés d'ici sans te dire salut.

Et tandis que, sans méfiance, le vendeur lui serrait la main, le vilain chenapan lui traversa le sein avec un katana.
Le sac fut rapidement rempli.
Le malfaiteur allait rentrer dans la rue, quand une pensée lui vint.
Puis s'asseyant à la caisse, il traça sur une grande feuille de papier quelques écritures en caractères gras.
A l'aide de pain à cacheter, il fixa cet écriteau sur la devanture du magasin, et les passants matineux purent lire le matin:
« Fermé suite à un décès »

Jérémy et Aurélien

 

LIPOGRAMME EN « O »

Avec un instrument, assez semblable à celui qui sert à déchiqueter des emballages aluminium, le malfaiteur fit dans la vitrine deux traits l'un vertical, l'autre rectiligne.

D'une main ferme, il amena à lui le triangle de métal le pliant aussi facilement qu'il eût fait d'une feuille de papier d'étain. Il pénétra dans le petit vestibule rectangulaire que précède la véranda.

Tapant dans la glace avec sa main il la tailla à l'aide d'un diamant du cap.

Il était presque à la fin du cabas quand à l'arrière du magasin, le directeur Mr CURTY fit une apparition avec une chandelle à la main, une arme à feu. Très respectueux, le malfaiteur salua et, avec affabilité:

o        Je n'ai pas désiré passer si près de ce magasin sans venir saluer ce vieil ami Mr CURTY.

Et tandis que sans méfiance le directeur lui serra la main, le malfaiteur lui empala un fer dans le sein l'assassinant.

Le sac fut rapidement rempli.

Le malfaiteur allait rentrer dans la rue quand une pensée lui vint. Puis s'asseyant à la caisse, il traça sur une grande feuille de papier quelques manuscrits.

À l'aide de pains à cacheter, il afficha cet écriteau sur la devanture du magasin et les passants matinaux purent lire à l'aube:

« Fermé à cause de décès. »

 

    Lipogramme en "i"

 

Avec un objet semblable à un ouvre conserve, le voleur ouvre dans la devanture, deux trous, l’un d’un sens, le second de l’autre, en partant du même stade. D’un mouvement engageant l’homme rompt sans efforts la forme découpée dans le métal. Le malfrat pénétra dans l’entrée, rectangle et pas très grande, précédant la porte.

L’homme, grâce à une ventouse en caoutchouc et à une roche de valeur en provenance du cap,découpa la glace de l'échoppe. Plus aucun obstacle ne l'empêcha de rentrer dans cette salle. Alors, avec méthode, le voleur entassa dans un sac ad hoc toutes les roches de valeur et les parures car, même en modeste volume, gardent l’avantage d’une grande valeur. Le voleur ayant presque sauvé tout son braquage, quand au fond de l'échoppe, le patron Mr. Josse rentra une lanterne sous un bras, un revolver sous l'autre. Le malfrat le salua affablement .

 « Je ne voulus pas, avoua le voleur, passer prés de chez vous sans vous saluer. »

Et quand sans soupçons, l'orfèvre rend le bonjour, le truand enfonça dans le torse de l’homme un fer mortel. Le sac à dos fut prestement comblé. L'escroc alla dans la rue, et songea alors, se posa sur un banc, trace sur un prospectus quelques mots en gros caractères. Grâce à des morceaux de pâte réservée à cet effet l’homme colla cette pancarte sur la devanture de l'échoppe et les passants purent décoder à l'aube : « fermeture pour cause de décès ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Théâtre :

Alphonse ALLAIS, A se tordre, 1891.

 

Pièce de théâtre

Acte I

 

Dans la rue, un voleur musclé , devant un magasin, avec un objet coupant, pratique deux incisions sur la devanture. Il amène à lui le triangle de métal ainsi déterminé, le tordant facilement.

Il pénètre dans le vestibule et coupe la glace à l'aide d'un diamant. Un ouvrier saoul comme âne se soulage sur le trottoir en face.

 

Le malfaiteur: Tout cela s'annonce fort bien. . .

 

Acte II

Scène 1, Le voleur seul.

Dans le magasin.

Tranquillement, méthodiquement, il entasse toutes les pierres précieuses et les parures.

 

Le Malfaiteur: Avec ça je vais bien pouvoir me les offrir, ces vacances.

 

Scène 2

Le malfaiteur rit, un bijou tombe.

 

Le Malfaiteur: . . . Damned !. . .

 

Apparition du patron, une bougie d’une main, un revolver de l’autre.

 

L'orfèvre d'une voix de stentor: Qui va là?

 

·         Le Malfaiteur :poliment Je n’ai pas voulu passer si près de chez vous sans vous dire un petit bonjour.

L’orfèvre lui serrant la main, surprit, C'est vous, Ivan? Que faites-vous là?

 

Le Malfaiteur: Eh bien, voyez-vous. . .

 

Le malfaiteur lui enfonce dans le sein un fer.

Le malfaiteur: Je fais quelques menues acquisitions, Georges.

 

Le sac rempli, le malfaiteur sort.

 

Acte III

 

Dans la rue, il s'assoit,il trace sur une grande feuille de papier quelques mots en gros caractères.

A l’aide de pains à cacheter, il colle cet écriteau sur la devanture du magasin,

 

« Fermé pour cause de décès »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Poésie :

Alphonse ALLAIS, A se tordre, 1891.

 

 

Avec un instrument

Qui est très ressemblant

A un outil coupant,

Le voleur en entrant

Fit dans la devanture

Alors une coupure.

D'une poignée de main

Plia tel de l'étain

Un objet métallique.

Entrant dans la boutique

Il découpa la glace

D'une façon tenace

A l'aide d'un diamant.

Alors tranquillement,

Il entassa les pierres

Minuscules mais très chères.

Terminant sa besogne

Il vit dans une main d'homme,

Le bout d'un revolver

Brillant à la lumière.

Le bandit très poli

Le salua et dit :

Je n'aurais pas voulu

Passer dans votre rue

Sans m'arrêter vous voir

Malgré qu'il soit très tard.

Tandis que sans méfiance,

L'orfèvre en grande confiance

Se prit un coup de fer

Dans une de ses artères.

Une fois le sac rempli

Le voleur repartit

Quand lui vint une pensée.

Sur une feuille de papier

Il traça quelques mots.

Il colla l'écriteau

Où l'on put lire de près

« Fermeture pour décès. »

 

 

Poème

 

Avec un instrument de marque Américaine,   

Ressemblant à un ustensile de cuisine,

Le voleur coupa la tôle sans une peine,

Attiré par tous ces jolis bijoux de Chine.

 

Sans effort il entra dans la bijouterie,

Il faut dire qu'il était robuste et très grand,

Il réussit même à ne pas faire un seul bruit,

Agile et précis comme il l'était à vingt ans.

 

Souriant à la vue de ce si beau trésor,

Comme un enfant devant une pâtisserie,

Il entassa dans son sac cette mine d'or,

Puis se retourna prêt à partir, fier de lui,

 

Quand soudainement le bijoutier apparut,

Une bougie à la main, une arme de l'autre,

Et pris d'une folie qu'il n'avait jamais eue,

Le voleur, à main nue, commit son premier meurtre.